Hors du Commun

Compte-rendu de Dr. Barbara Rollmann-Borretty

Compte-rendu de Dr. Barbara Rollmann-Borretty, historienne de l'art 2017

Le territoire photographique de Bernd Sannwald se situe constamment au-delà de nos perceptions visuelles habituelles.

Il s'agit d'un regard autre, analytique d'une part, propulsée par la force de la représentation artistique d'autre part.
À la différence de notre regard commun fondamentalement basé sur l'identification des fonctions, ici, l'aspect fonctionnel du sujet photographié disparaît et le contexte esthétique est placé en premier plan.

C'est un privilège de l'Art et Sannwald l'utilise avec finesse. Ses thèmes, choisis dans notre environnement urbain, sont devant les yeux de chacun. L'architecture contemporaine avec ses constructions élégantes et audacieuses, est son sujet de prédilection. Au cours de voyages-photo incessants, il recherche des angles de vues architecturales qui appartiennent à notre vie moderne et ne se dérobent pas.

Ce qui est remarquable dans sa méthode artistique, c'est sa manière rigoureuse de définir le cadre, le geste précis de tailler ou d'agrandir le sujet. Dans le travail de Sannwald, la taille du plan est tellement rigoureuse que l'image finale se défait totalement du sujet original.

Certes, nous pourrions traverser les bâtiments photographiés, les parcourir dans la réalité comme le fait l'artiste. Grâce à lui cependant, nous en décelons tous les passages et découvrons en eux des formes autonomes, affranchies de leurs fonctions.

Lorsque nous percevons pour la première fois la beauté cachée de l'objet industriel ou lorsque nous reconnaissons un lieu connu dans la construction représentée, la métamorphose est d'autant plus étonnante.

Sannwald se place brillamment dans la lignée d’Albert Renger-Patzsch (1897-1966), le photographe de la Nouvelle Objectivité. Patzsch développa son style direct dans les années 1920. Il établit une taille du plan radicale dans laquelle la beauté sous-estimée aussi bien de l'objet que de l'architecture industriels gagnait un sens nouveau. Pour Sannwald aussi, les formes, les superficies et la structure des objets constituent les éléments fondateurs du projet photographique. Son style artistique, d'une certaine manière classique et non datable, est cependant fortement marqué par la représentation visuelle de notre époque.

Car l'architecture d'aujourd'hui, de par ses concepts mais aussi les matériaux et les modes de construction utilisés, parle un tout autre langage que celle d'il y a cent ans. Ceci explique la nouvelle pratique de Sannwald dans sa dernière série de photos. Profitant des techniques digitales, il double les images sur leur axe et les recompose en un unique tableau. Le résultat obtenu est encore plus éloigné de la réalité, d'autant que ce jeu de symétries augmente l'effet de profondeur. Comme dans les constructions spatiales caractéristiques de la science-fiction, la construction alvéolaire domine dans ses photos. Et ses derniers travaux atteignent une qualité artistique encore supérieure, en particulier grâce à la référence -par association- aux formes organiques.

En effet, l’un des thèmes les plus excitants de l'art contemporain est celui de montrer le lien existant entre l'organisation des organismes biologiques et les artefacts techniques. Bernd Sannwald renforce ce thème, en consacrant l'absolu beauté des formes fonctionnelles des édifices.


Traduction S. Zaccaro